Le réseau de Christophe Plantin à travers sa correspondance

 

Dans le cadre de notre master doit être réalisé un projet de recherche, celui-ci devant aboutir à la rédaction d’un mémoire avec la création d’un objet numérique. Bien que le sujet ne se soit pas tout de suite imposé à moi, j’ai rapidement compris qu’il porterait sur une période historique bien précise. Qu’il s’agisse de mes années au lycée ou en licence d’Histoire, j’ai toujours pris beaucoup de plaisir à étudier l’époque moderne. Dans une formation attenant aux livres rares et anciens et aux Humanités numériques, la période débute à la suite de l’un des plus grands bouleversements que la société occidentale connut : l’invention de l’imprimerie dans les années 1450. Il m’a paru intéressant de me pencher sur cet outil qui allait révolutionner au cours des siècles à venir la diffusion du savoir. En l’occurrence, l’histoire de la région Bourgogne-Franche-Comté m’apporta matière à réfléchir avec Antoine Perrenot de Granvelle, l’un des personnages les plus importants du XVIème siècle. Les nombreuses relations et échanges du cardinal me permirent de mieux connaître l’imprimeur Christophe Plantin, avec lequel il assura un rôle de protecteur. Il lui permit notamment le monopole de la publication des ouvrages de piété pour l’Espagne, des ouvrages d’érudition d’auteurs antiques ainsi que des editiones principes.

Ainsi, très rapidement, je me suis orientée vers l’un des plus éminents imprimeurs français établit à Anvers, dans les Pays-Bas espagnols. Il me sembla également pertinent de me concentrer plus précisément sur la correspondance de Plantin afin de non seulement mieux connaitre les « coulisses » de son travail mais aussi pour découvrir à partir d’une échelle micro-historique l’évolution de toute une société.
En premier lieu, une présentation du personnage doit être faite, puis sera énoncé les premiers enjeux et problématiques autour de la construction du projet de recherche. Ensuite, une bibliographie sera présentée de faire un état de l’art, c’est-à-dire établir un constat actuel des connaissances sur le sujet. Enfin, nous aborderons la question de l’outil numérique à travers l’exposition des premières hypothèses envisagées.

Emblème de la Officina plantiniana

Christophe Plantin est né entre 1514 et 1520 dans la région de Tours, il se forme au métier d’imprimeur et de relieur dans la ville de Caen. Néanmoins, un coup d’épée subit lors d’une agression l’oblige à se spécialiser dans l’imprimerie. En 1549, la ville d’Anvers connait une grande expansion, ce qui le pousse à s’y installer et rapidement se bâtir une réputation de par la qualité de son travail. Il y fonde ce qui devint la dynastie Plantin-Moretus, à travers l’Officina Plantiniana, l’imprimerie d’Anvers qui représenta l’un des plus grands commerces du XIXème siècle. L’Officina Plantiniana publie 2 450 ouvrages en 37 ans d’activité de l’imprimeur. De plus, Plantin est un acteur du mouvement humaniste : il est l’imprimeur de l’humanisme et des sciences de la moitié du XIXème siècle et la ville d’Anvers un centre important pour le mouvement. Les ouvrages publiés par l’imprimeur sont destinés en majorité à une audience intellectuelle et étrangère : dans les Pays-Bas, l’Empire germanique, en France, en Espagne et ses colonies en Amérique, en Italie, en Angleterre et dans le nord de l’Afrique. En outre, l’Officina Plantiniana se caractérise par l’éclectisme des publications entre les sciences humaines, la doctrine religieuse catholique ou réformée, des manuels de grammaires, des livres d’emblèmes entre autres.
Avec le temps, le travail laborieux et la rigueur de Christophe Plantin lui valent d’obtenir la protection de personnalités puissantes comme le secrétaire de Philippe II. L’appui de ces personnages lui permet de se consacrer à l’œuvre de sa vie : la Bible Polyglotte. De ce triomphe en découle pour l’imprimeur de se voir attribué le titre d’architypographe du roi Philippe II d’Espagne ainsi que le monopole de l’impression des livres liturgiques pour l’Espagne et aux territoires liés à cette dernière. Mes recherches pour faire état de l’historiographie a permis de démontrer que ce projet a déjà été travaillé à maintes reprises. En outre, dans mon cas personnel, le point culminant de la carrière de Plantin ne me semblait pas être la partie de sa vie la plus intéressante. Au contraire, tout l’intérêt pour moi résidait dans cette construction de son « réseau », la construction de son empire ainsi que son travail concret en tant qu’imprimeur. Cette première partie du travail s’est bien entendu ponctuée d’enjeux divers.

Alors que je réalisais un state of art de l’historiographie plantinienne, je remarquais la faible quantité d’études faites sur l’imprimeur en France. Car force est de constater que la plupart des ouvrages étaient parus en Belgique ou aux Pays-Bas pour la grande majorité et quelques-uns en Espagne. Ensuite, vint la question des sources : quelle quantité de sources étaient disponibles aujourd’hui ? Dans quelles mesures étaient-elles accessibles en ligne ou en accès physique ? L’un des premiers objectifs fut de regrouper la quantité de sources disponible pour une période donnée afin d’évaluer ce qui serait le plus pertinent de conserver.
Par chance, les différents conservateur du musée Plantin-Moretus avaient travaillé à la transcription et à la numérisation de la correspondance de l’imprimeur. La transcription moderne du moyen français ainsi que la traduction du latin et de l’espagnol constitue aujourd’hui la partie la plus importante afin d’extraire les informations nécessaires à l’avancée du sujet.

D’un point de vue du sujet, de premières questions ont émergé au fur et mesure de la recherche et des premières lectures. Notamment la quasi-absence de Christophe Plantin dans l’historiographie française, une question qui mériterait d’être plus approfondie dans un autre sujet de recherche. Également, celle de la temporalité du XVIème siècle, car il en convient, le temps n’est pas le même à toutes les périodes. Combien de temps était-il nécessaire pour faire parvenir une lettre d’une ville à une autre ? Mais aussi pour soi-même se déplacer ? Jusqu’à combien de correspondances Christophe Plantin entretenait-il simultanément ? Comment se déroulait les échanges autour des projets d’édition et de publication des ouvrages entre l’imprimeur et ses collaborateurs, amis érudits ou scientifiques ou personnages éminents ? Est-ce que le contexte historique influait-il sur les publications plantinienne et si oui, dans quelle mesure ?
Enfin, et surtout, que nous apprend cette correspondance sur les enjeux de ces projets, les mentalités, le quotidien de l’imprimeur et les problématiques de la période ? La bibliographie suivante constitue un première collecte d’information de ce qui est disponible en termes de sources conservées et disponibles, ainsi que des travaux scientifiques réalisés. L’emploi du logiciel Zotero m’a permis de rapidement réaliser une collecte des livres et des articles sur mon sujet. D’un simple « clic » depuis la page de recherche, se trouvait enregistrée la référence avec ses informations sous le format ISBD.

Bibliographie

Christophe Plantin et le Monde Ibérique
C. Depauw, F. de Nave, D. Imhof, E. Otte, F. Robben, E. Stols, L. Voet., Christophe Plantin et le Monde Ibérique, 1992.
Christophe Plantin
Colin Clair, Christophe Plantin, Madrid, Espagne 1964.
Christophe Plantin
Denis Antoniazzi, „Christophe Plantin“, in: Revue suisse de l’imprimerie et des industries annexes : organe technique de la F.S.T (1942).
Christophe Plantin
A Béduvez, Christophe Plantin, Bruxelles 1884.
Chapitre 9. Un foyer intellectuel dynamique
Thierry Allain, Andreas Nijenhuis-Bescher und Romain Thomas, „Chapitre 9. Un foyer intellectuel dynamique“, in: U (2019) S. 269–297. Online: <https://www-cairn-info.scd1.univ-fcomte.fr/les-provinces-unies-a-l-epoque-moderne--9782200614515-page-269.htm>, Stand: 14.12.2020.
Christophe Plantin et le sectaire mystique Henrik Niclaes
C.A Tiele, Christophe Plantin et le sectaire mystique Henrik Niclaes, Bruxelles 1868.
Christophe Plantin
Stéphane Cordier, Christophe Plantin: architypographe du roy, Andenne (Belgique), Belgique 1972.
Christophe Plantin
Adrien Jean Joseph Delen, Christophe Plantin: imprimeur de l’humanisme, Bruxelles, Belgique 1944.
Cristobal Plantino
Fernando Checa Cremades und Fundación Carlos de Amberes (Hrsg.), Cristobal Plantino: un siglo de intercambios culturales entre Amberes y Madrid, Madrid 1995.
Grand livre des affaires de l’imprimerie Plantin, 1563–1567
Grand livre des affaires de l’imprimerie Plantin, 1563–1567, 1563, <https://www.wdl.org/fr/item/11724/>, Stand: 14.12.2020.
L’œuvre de Christophe Plantin et de ses successeurs,
Maurits Sabbe, L’œuvre de Christophe Plantin et de ses successeurs, Bruxelles 1937.
Christophe Plantin.
Moritz Sabbe, Christophe Plantin., Anvers 1932.
Het Museum Plantin-Moretus
Francine De Nave, Het Museum Plantin-Moretus, Anvers, Belgique 1997.
L’officine plantinienne et la Normandie au XVIe siècle
Denis Pallier, „L’officine plantinienne et la Normandie au XVIe siècle“, in: Annales de Normandie 45/3 (1995) S. 245–264. Online: DOI: 10.3406/annor.1995.4659.
La collection du cardinal Antoine de Granvelle (1517-1586). L’inventaire du palais Granvelle de 1607
Simon-Pierre Dinard, „La collection du cardinal Antoine de Granvelle (1517-1586). L’inventaire du palais Granvelle de 1607“, in: Frédérique Lemerle, Yves Pauwels und Gennaro Toscano (Hrsg.), Les Cardinaux de la Renaissance et la modernité artistique, Lille 2012 (Histoire et littérature du Septentrion (IRHiS)), S. 157–168. Online: <http://books.openedition.org/irhis/229>, Stand: 14.12.2020.
Les étapes du développement du marché du livre imprimé en France du XVe au début du XVIIe siècle
Malcolm Walsby, „Les étapes du développement du marché du livre imprimé en France du XVe au début du XVIIe siècle“, in: Revue dhistoire moderne contemporaine n° 67-3/3 (07.10.2020) S. 5–29. Online: <https://www-cairn-info.scd1.univ-fcomte.fr/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2020-3-page-5.htm>, Stand: 14.12.2020.
La Maison Plantin à Anvers
Léon Auteur du texte Degeorge, La Maison Plantin à Anvers : relation détaillée de visites faites... 1555-1877 / par Léon Degeorge, 1877. Online: <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6524898p>, Stand: 14.12.2020.
Les Granvelle et l’Italie au XVIe siècle
sous la dir scientifique de Jacqueline Brunet et Gennaro Toscano, Les Granvelle et l’Italie au XVIe siècle, Besançon 1996.
Les savants chez l’imprimeur. Les médecins et l’entreprise éditoriale de Christophe Plantin au xvie siècle
Rafael Mandressi, „Les savants chez l’imprimeur. Les médecins et l’entreprise éditoriale de Christophe Plantin au xvie siècle“, in: Histoire, médecine et santé /11 (15.07.2017) S. 131–152. Online: DOI: 10.4000/hms.1119.
Manuscrits, livres illustrés, reliures du XIIIe au XVIe siècle de la bibliothèque du cardinal de Granvelle
Manuscrits, livres illustrés, reliures du XIIIe au XVIe siècle de la bibliothèque du cardinal de Granvelle, (S. l. n. d.) In-8o , 12 p., n. ch. pl., fac-sim., portrait sur la couv., autographié. [D.L. Impr.] -Ibis-IIc- o. D.
Notice sur Christophe Plantin, relieur à Anvers (1514-1590).
Léon Gruel, Notice sur Christophe Plantin, relieur à Anvers (1514-1590)., Paris 1891.
Sept études publiées à l’occasion du quatrième centenaire du célèbre imprimeur anversois Christophe Plantin
Christophe Plantin und Musée du Livre., Sept études publiées à l’occasion du quatrième centenaire du célèbre imprimeur anversois Christophe Plantin: 1520-1920 ; Ed. par le Musée du Livre, Anvers 1920.
Un siècle d’excellence typographique. Christophe Plantin & son officine (1555-1655)
Goran Proot, Yann Sordet und Christophe Vellet, Un siècle d’excellence typographique. Christophe Plantin & son officine (1555-1655), Paris, France, Belgique 2020.
Pour l’heure, le développement de l’objet numérique ne se trouve qu’au stade embryonnaire. De manière générale, mon idée se situe dans la création d’un outil ayant une vocation pédagogique mais aussi de recherche d’informations. Il s’agirait de concevoir une carte interactive de l’Europe pour représenter le réseau plantinien et plus précisément, cette « toile » permettrait de retracer pas à pas, sur l’échelle d’une période donnée, les correspondances, les échanges et les déplacements de Christophe Plantin.
En effet, celle-ci donnerait l’accès à un contenu regroupant les sources de la correspondance et pourquoi pas à un aperçu de certaines publications effectuées par l’Officina. L’objectif serait de trouver une navigation simplifiée et intuitive qui, toujours à cette échelle micro-historique de pouvoir rendre compte de l’effusion des échanges intellectuels (et commerciaux) ainsi que de certaines mutations de cette société occidentale.
D’autre part, un certain nombre de problématiques sont encore en suspens, notamment sur la forme exacte que prendra cet outil numérique. La construction d’une base de donnée est également en court pour permettre de classer la correspondance.  La plateforme uMap semble être un outil pertinent déjà employé au sien de l’Université pour la création de cartes. Parmi les nombreuses fonctionnalités disponibles, comme le choix des fonds, la gestion des options ou l’importation de données géographiques par exemple, mais aussi l’exportation de la carte. Cela suppose donc la possibilité d’inclure l’outil dans un site web codé pour l’accueillir. La construction de cet objet numérique constitue un certain nombre d’enjeux, car il doit apporter des éléments concrets pour la rédaction des différents arcs de recherche dans le mémoire.